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Le soleil fend par la fenêtre
De la cuisine de ma grand-mère.
Son rire plein d’ail d’un autre temps.
On y entre pour échapper au monde, on peut en ressortir avec le monde en soi.
Là où l’errance nous pousse au jusqu'au-boutisme, nous contraint à marcher pour on ne sait quand ni où, le refuge nous commande de trouver où s’arrêter. Pour un temps, pour s’abreuver, pour croire, pour s’observer.
Cependant, le refuge n’est pas nécessairement un lieu sûr, il est illusoire de bien des façons. Il nous pousse à croire, à tort, comme chacun le sait, que nous avons une chance même infime d’échapper au temps. Quand il prend la forme d’un être, il est particulièrement incertain. D’une promesse de plénitude totale, il oscille avec la tentation d’une perte complète de soi-même. Est-il possible d’habiter quelqu’un ?
Il a en tout cas le pouvoir de régénérer et de construire les êtres. On y entre pour échapper au monde, on peut en ressortir avec le monde en soi. A condition d’exercer son regard à discerner le vrai refuge, celui qui rend bon le monde de sa propre solitude.
Le soleil fend par la fenêtre
De la cuisine de ma grand-mère.
Son rire plein d’ail d’un autre temps.
A l’auberge aux volets verts
Ce repas avec le père
Avait un goût d’éternité
J’allais la voir la nuit, en secret,
Comme un funambule
Sur les murs de son jardin.
Rien ne m’était plus doux
Que le ciel d’avant l’orage
A la fin de l’été.