#1
Le bruit qu’a fait l’oncle en tombant
Comme une bête inerte
Sur le carrelage d’été.
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La tante s’est précipitée sur le corps
Hurlante et terrifiée
Les seins nus.
Des visages, des figures
Dévisagent, défigurent.
Noir Désir
La figure se penche au-dessus de nous très tôt. Elle sait également surgir du néant, ou, à l’inverse, disparaître mortellement dans la désolation de l’absence. Douce comme le miel qui colle, affreuse à la bouche arrachée, mégalomane aux grands pieds, prophétique ou soutenante, la figure est protéiforme et contient tout ce qu’il faut pour nous émouvoir.
Sa présence ou son absence est la clé de tout, Ici ou partie, la figure a l'immense pouvoir de perdurer à travers le temps. A notre grande incompréhension, nous la retrouvons où elle n'était pas, dans les traits de quelqu'un qui ne lui ressemble, ou par une chose inanimée qui nous la rappelle. Elle est fondatrice de notre futur, relectrice de notre passé, et surtout, elle est la véritable sculptrice de notre présent.
Elle est moins dangereuse quand elle est immuable comme l'eau qui dort. C'est par le remous, par le lent clapotement de sa surface, puis par le renflement bouleversé de sa substance que sa métamorphose nous plonge dans l'incompréhension destructrice. Un Janus qui vous dira détester l'ambivalence vous entraînera sans aucun doute jusqu'aux tréfonds abyssaux de l'identité perdue.
Le bruit qu’a fait l’oncle en tombant
Comme une bête inerte
Sur le carrelage d’été.
—-
La tante s’est précipitée sur le corps
Hurlante et terrifiée
Les seins nus.
Après sa mort
Elle me prêta
Les intentions mauvaises de l’adulte.
La veuve fébrile à l’oeil mauvais
Et son cachet perdu
Dans le pelage de son chien.
Seul sur l’estrade
De mon premier succès
Il avait fui par peur de mon échec.
Ce jeune ami au père pendu
J’embrassai si fort sa douleur
Que je ne pus aller aux funérailles.
Il me salua chaleureusement
Avec la prévenance des bourgeois
Cet ami brillant devenu avocat.
Vingt ans après
Le sourire de cette amie
Était toujours aussi discret