#1
Mon regard absent sur les tuiles rouges
Pendant que les autres enfants
Apprenaient à lire.
L’adulte ne délaisse jamais complètement sa cour première. Toujours il se demandera ce qu’y est devenu l’enfant qu’il était, si la marelle de ses premiers sauts au sol est toujours dessinée.
Cette balle que j'avais lancée
Sur le toit de l'école
Qu'est-elle devenue ?
Ishikawa Takuboku
L’école est partout, toujours. Beaucoup s’y joue aux jeunes années. Il semblerait que certains dessinent leur vie en souvenir de ceux qu’ils étaient dans une cour d’école ou sur les bancs d’une classe. On s’y accroche, on la délaisse. Elle est source d’effroi, de rire, d’ennui ou de succès. On y domine, on se fait piétiner. Beaucoup de larmes y coulent et les contours d’un avenir s’y laissent préfigurer.
L’adulte ne délaisse jamais complètement sa cour première. Toujours il se demandera ce qu’y est devenu l’enfant qu’il était, si la marelle de ses premiers sauts au sol est toujours dessinée. Pour s’en assurer, certains même choisissent d’y demeurer à jamais. Quand il y envoie son enfant, il s’assure qu’il emprunte les mêmes chemins ou le prévient des obstacles qui le firent jadis trébucher.
Dans ce dédale, s’y trouvent des guides. Qu’ils soient ceux à lanterne éclairant l’avenir, ou qu’ils soient de cruels scelleurs de portes. Dans les enfants, ces bergers voient plus que de simples brebis, et y projettent amour, déception ou frustration. Dans le sens inverse, la projection n’est pas moins grande. Les figures qui y sont découvertes par l’enfant existent déjà, et sans le moindre doute, existeront à jamais chez ceux qu’ils rencontrent.
Mon regard absent sur les tuiles rouges
Pendant que les autres enfants
Apprenaient à lire.
Au comptoir ces hommes brisés
Me racontaient des balivernes
Quand j’avais dix ans.
Sous la pluie froide
Des matins de novembre,
L’effroi soudain de retourner à l’école.
Je me découvrais
Dans le froid canadien
Que de chemin depuis l’enfance.