Ecoles

Par Clément Michel

L’adulte ne délaisse jamais complètement sa cour première. Toujours il se demandera ce qu’y est devenu l’enfant qu’il était, si la marelle de ses premiers sauts au sol est toujours dessinée.

Des expériences de formation

ecoles

Cette balle que j'avais lancée
Sur le toit de l'école
Qu'est-elle devenue ?

Ishikawa Takuboku

L’école est partout, toujours. Beaucoup s’y joue aux jeunes années. Il semblerait que certains dessinent leur vie en souvenir de ceux qu’ils étaient dans une cour d’école ou sur les bancs d’une classe. On s’y accroche, on la délaisse. Elle est source d’effroi, de rire, d’ennui ou de succès. On y domine, on se fait piétiner. Beaucoup de larmes y coulent et les contours d’un avenir s’y laissent préfigurer. 

L’adulte ne délaisse jamais complètement sa cour première. Toujours il se demandera ce qu’y est devenu l’enfant qu’il était, si la marelle de ses premiers sauts au sol est toujours dessinée. Pour s’en assurer, certains même choisissent d’y demeurer à jamais. Quand il y envoie son enfant, il s’assure qu’il emprunte les mêmes chemins ou le prévient des obstacles qui le firent jadis trébucher.  

Dans ce dédale, s’y trouvent des guides. Qu’ils soient ceux à lanterne éclairant l’avenir, ou qu’ils soient de cruels scelleurs de portes. Dans les enfants, ces bergers voient plus que de simples brebis, et y projettent amour, déception ou frustration. Dans le sens inverse, la projection n’est pas moins grande. Les figures qui y sont découvertes par l’enfant existent déjà, et sans le moindre doute, existeront à jamais chez ceux qu’ils rencontrent. 

#1

Mon regard absent sur les tuiles rouges

Pendant que les autres enfants

Apprenaient à lire.

#2

Très tôt je compris que l’enseignant

N’était nul autre que celui

Qui voulait rester à l’école 

marelle de cour d'école
"Le seul enfer qu'on avait sur terre, il était dans l'ciel de nos pauvres marelles"

Plusieurs mois durant

Le directeur avait laissé mon nom

Sur le devant de l’école.

#3

Au comptoir ces hommes brisés

Me racontaient des balivernes

Quand j’avais dix ans.

#4

Sous la pluie froide

Des matins de novembre,

L’effroi soudain de retourner à l’école.

#5

Je me découvrais

Dans le froid canadien

Que de chemin depuis l’enfance.